Michel Dubois d'Enghien

Paroles d’expert, avec Michel Dubois d’Enghien, expert financier.

Comprendre ce qui se joue derrière les chiffres

La trésorerie ne se résume pas à un solde bancaire : elle traduit la solidité du modèle économique. Est-ce que mon activité dégage ou consomme du cash ? Faire plus de chiffre d’affaires n’est pas toujours la solution : une croissance mal maîtrisée peut creuser le besoin en fonds de roulement et fragiliser l’entreprise. Piloter, c’est suivre le mouvement de l’argent : quand il entre, quand il sort et à quel rythme. Un prévisionnel simple, mis à jour régulièrement, donne déjà les bons signaux pour agir avant la panne. On n’apprend pas à piloter sa trésorerie ; on l’expérimente souvent par des situations plus ou moins douloureuse.

Anticiper pour garder la main

Quand la banque tire la sonnette d’alarme, il est souvent trop tard. Le dirigeant doit donc observer avant que la tension n’apparaisse. Réaliser un stress-test en amont est une bonne idée.

Concrètement, il s’agit de se projeter dans des situations défavorables mais réalistes : un client qui paie en retard, une baisse temporaire d’activité, une charge imprévue. Combien de temps l’entreprise peut-elle tenir sans encaissement supplémentaire ? Cet exercice permet de mesurer ses marges de manoeuvre, d’identifier les leviers activables et de savoir à quel moment une solution de financement devient nécessaire. C’est sur cette base que le dirigeant peut alors anticiper ses échanges avec la banque. Demander un financement quand tout va bien (chiffres et scénarios à l’appui) c’est conserver le pouvoir de négociation ; attendre l’urgence, c’est le perdre.

On ne peut anticiper que ce que l’on comprend.

La relation bancaire repose sur la confiance : un banquier qui comprend la logique et les risques du modèle sera plus enclin à soutenir l’entreprise dans les moments clés.

Devenir un vrai trésorier

Anticiper, c’est aussi une posture. Le dirigeant doit apprendre à raisonner comme un trésorier. Cela suppose de la régularité : suivre ses flux, comprendre les écarts, préparer les décisions
à venir. S’occuper de sa trésorerie n’est pas un luxe réservé aux temps de crise : c’est une condition de survie et un levier de liberté. Anticiper, comprendre, ajuster : trois réflexes simples pour transformer la contrainte en pouvoir d’action. Parce qu’une entreprise solide ne se mesure pas à sa marge, mais à sa capacité à respirer.

5 questions pour piloter sa stratégie

  1. Est-ce que je génère du cash ? Et surtout, à quel moment du cycle d’activité ? Cela indique si mon modèle dégage ou consomme de la trésorerie.
  2. Quel niveau de trésorerie me garantit la sécurité ? Identifier un seuil de confort pour absorber un aléa (retard client, hausse de coûts, impayé…) et se créer une alerte.
  3. Quelles solutions activer selon mes risques ? Distinguer leviers à court terme (escompte, crédit de trésorerie et à moyen terme (renégociation).
  4. Comment financer ma trésorerie intelligemment ? Vérifier si le financement correspond bien à la nature du besoin (pas de long terme pour du court terme, ni l’inverse).
  5. Suis-je capable de prévoir l’imprévisible ? Simuler un défaut de paiement ou une crise ponctuelle pour tester la solidité du modèle.

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